La yourte à l’occidentale

De nombreux européens, notamment des français, ont été séduits par les charmes de la yourte mongole et ont voulu importer le concept, tout en l’adaptant à notre climat et à notre culture. Et c’est un vrai succès : des yourtes se construisent tous les jours sur notre territoire, qu’elles soient destinées à un usage purement touristique ou qu’elles servent à l’habitation quotidienne. Bien sûr, dépendamment de l’usage qui en est fait, la yourte ne devra pas forcément répondre aux mêmes normes et réglementations : il est bon, à ce titre, de se renseigner préalablement sur la législation en vigueur avant de se lancer dans l’aventure.

Intérieur yourteDe manière générale, on peut dire que la yourte occidentalisée va dans le sens d’un confort moins spartiate que le logis mongol.  On peut l’agrémenter aujourd’hui de modules de cuisine et de blocs sanitaires pour retrouver toutes les commodités de la maison classique. On peut aussi y installer un dispositif de traitement des eaux de pluie ou encore un système photovoltaïque pour être plus éco-responsable et gagner en autonomie énergétique.

Côté déco, de nombreux importateurs français peuvent vous proposer des meubles typiques d’artisanat mongol (http://www.layourterie.com/le-mobilier-11)

Vous pouvez aussi choisir une ambiance plus contemporaine pour jouer du contraste entre le traditionnel et le moderne.

Malgré ces adaptations au confort moderne, les personnes désireuses de vivre au quotidien dans une yourte doivent bien prendre conscience des changements que cela implique. Il est en en effet nécessaire de bouleverser un peu ses réflexes et ses habitudes de vie, à commencer par la question de l’entretien.

Car la yourte n’est pas une maison et demande qu’on veille plus attentivement encore à l’état de sa structure et de ses matériaux. C’est le cas, par exemple, de la bâche extérieure, qui sera soumise au soleil, aux pluies, au vent ou encore au verdissement : il faut la traiter avec soin. De la même façon, il faut traquer l’humidité pour préserver la qualité des toiles et du bois intérieur : on conseille d’ailleurs souvent de ne pas placer la yourte à proximité de points d’eau ou encore d’arbres sous lesquels l’humidité s’accumule.

Il faudra également se faire à l’idée que la yourte a un fonctionnement thermique différent d’une maison construite en dur. La chose a certes des avantages puisqu’il est beaucoup plus rapide de chauffer une yourte mais, en conséquence logique, la yourte peut tout aussi rapidement perdre sa chaleur en cas de froid. Il est donc nécessaire de s’équiper adéquatement pour pouvoir bénéficier d’un confort optimal durant toute l’année.

La vie de nomade a donc un certain prix mais vous gagnerez indiscutablement en liberté !

Cuisine mongole : traditions et spécialités

La nourriture mongole peut parfois surprendre un occidental tant elle semble presque exclusivement composée d’aliments à base de féculents, de lait et de matières grasses. Les fruits et les légumes sont très rares et sont arrivées assez tardivement dans le menu. C’est pourtant oublier que c’est une nourriture parfaitement adaptée aux ressources et aux conditions climatiques qui sévissent dans les steppes : riche, nutritive, rassasiante. Les produits laitiers et les graisses animales jouissent en outre d’une grande puissance symbolique : on ne rechigne pas à les consommer, bien au contraire, puisqu’elles sont associées à l’idée de force et de vitalité.

Le plat le plus populaire en Mongolie est le buzz : c’est une sorte de ravioli cuit à la vapeur, fourré de viande de mouton, de graisse et d’oignons. On en mange aussi bien au quotidien qu’à l’occasion de fête particulière comme à la veille du Tsaagan Tsar, qui marque la nouvelle année selon le calendrier lunaire. Le buzz existe aussi dans une version frite que l’on appelle khuushuur, une sorte de beignets comme il y en a de nombreux dans la cuisine orientale.

 

Les Mongols sont aussi des spécialistes du barbecue, qu’ils déclinent en deux façons: soit la viande (bœuf, mouton, chèvre, parfois marmotte) est cuite traditionnellement sur des pierres chaudes : c’est le horhog. Soit on place les pierres chaudes directement dans l’animal pour qu’il cuise de l’intérieur : c’est le boodog. Mais la viande se consomme également séchée (on l’appelle alors bort), en soupe ou en goulache, accompagnée, la plupart du temps de pâtes, comme dans le guriltai shol.

 

Les peuples Mongols apprécient aussi tous les produits laitiers, qu’on désigne traditionnellement sous l’expression générique des « aliments blancs » : l’orom, réalisé avec la crème de lait bouilli, se déguste sur une tranche de pain, parfois avec un léger saupoudrage au sucre. Du lait on fait aussi un fromage nommé aaruul, que l’on fait sécher sur le toit des yourtes quand on n’en tire par pas une sorte de yaourt au goût un peu aigre baptisé tarag. Surtout, le lait permet de réaliser l’airag, la fameuse boisson au lait de jument fermenté, légèrement alcoolisée, dont les Mongols sont friands et qu’ils offrent à tout nouvel invité dans leur logis.

 

Enfin, pour rester dans le registre des boissons, l’incontournable thé, que l’on boit à toute heure de la journée. Chez les Mongols, il est infusé dans l’eau et le lait salé et on y fait fondre un peu de beurre. Avis aux amateurs !

La yourte : un peu de folklore…

Si les occidentaux ont adopté la yourte comme un habitat de loisir, exotique et dépaysant, il faut savoir qu’elle est avant tout, pour les peuples nomades de Mongolie, un espace sacré, extrêmement codifié. Elle est, après tout, construite à l’image du monde, comme un microcosme. Loger dans une yourte, c’est donc d’abord et avant tout se soumettre à un ensemble de rites, d’interdits et de contraintes. Voici donc quelques exemples du savoir-vivre mongol pour ne pas commettre d’impair diplomatique si vous vous rendez dans les steppes !

Entrer dans la yourte

La grande majorité des yourtes sont construites de telle manière que la porte d’entrée soit au Sud : une architecture du culte solaire répandue non seulement en Mongolie mais aussi chez les Kirghizes chez qui le mot ontestik, littéralement « le sud », désigne aussi, de manière révélatrice, « ce qui est bon ». Tout personne désireuse d’entrer dans une yourte doit se faire annoncer, notamment par la formule « nokhoi khor », que l’on peut traduire par « tenez votre chien » : les propriétaires, qu’ils aient un compagnon canin ou non, sortiront alors de leur logis pour vous inviter à pénétrer chez eux. Attention, d’ailleurs, à votre entrée : si vous trébuchez sur le pas de la porte, la chose sera prise comme un signe de mauvaise augure. Prenez donc garde à bien enjamber le seuil, si possible du pied droit : c’est un témoignage de respect pour votre hôte. Pensez, également, à déclarer vos armes, si vous en avez, un peu comme à passage de douane : il est coutume que le visiteur pende son couteau à la vue de tous pour montrer que sa venue est amicale.

Circuler dans la yourte

Une fois dans la yourte, de nombreuses règles sont encore à respecter, notamment pour savoir comment se déplacer et se positionner dans l’espace. Première chose, ne jamais passer entre les piliers centraux de l’habitat, là, en principe, où se trouve aussi le foyer : c’est le cœur sacré de la yourte. Il faut ensuite respecter un mode particulier de circulation qui correspond au sens des aiguilles d’une montre : un parcours appelé « nar zuv » par les Mongols, expression qui signifie « la direction de rotation du soleil ». L’espace est aussi divisé de manière symbolique selon le sexe, le statut ou encore les types d’activités exercés. Ainsi les hommes investissement généralement la droite de la yourte, tandis que les femmes se placent à la gauche. L’espace est aussi traversé par un axe de respectabilité : les aînés doivent toujours être plus au nord que les plus jeunes. Il faut aussi compter sur un axe d’activités : l’endroit près de la porte est un zone de travail consacrés aux  tâches quotidiennes alors que le fond de la yourte est dédié au repos.

Se comporter dans la yourte

Une fois installé, il faut encore tenir compte de quelques codes et rituels propres à la culture mongole, à commencer par le respect du feu. Élément sacré, il ne faut jamais, par exemple, lancer de déchets dans le foyer : de manière générale, il ne faut d’ailleurs jamais s’asseoir directement face à la bouche du poêle, encore moins diriger les pieds dans sa direction. Les traditions mongoles étant très attachées à l’idée de pureté, il faudra donc aussi prendre garde à ne pas mélanger le linge sale au linge propre. Idéalement, il faut aussi éviter de s’étirer dans la yourte, notamment en levant les bras, sauf à l’heure du réveil : les croyances veulent en effet que l’âme peut s’échapper par les aisselles ! Enfin, il ne faut jamais refuser l’hospitalité de ses hôtes : si on vous propose du thé ou du lait de jument, il faut accepter en prenant bien soin, au passage, d’accueillir l’offrande uniquement de la main droite.

La yourte : un peu d’histoire…

Autrement connu sous le terme ger, le mot yourte, introduit dans la langue française à la fin du 18e siècle, est emprunté au turc jurt qui signifie « maison » : on l’associe aujourd’hui à ces tentes circulaires, construites par les nomades mongols, mais le terme peut aussi renvoyer aux huttes coniques des Kirghizes (peuple aux frontières du Kirghizistan, du Tadjikistan et de la Chine occidentale) ou des Samoyèdes (peuple de la Russie sibérique).

La yourte mongole remonterait à presque deux millénaires mais son aspect et sa composition ont bien évidemment évolué à travers les siècles. À l’origine, la yourte est une habitation de bois, recouverte par des peaux d’animaux, bientôt remplacées par de la toile de feutre. En son centre se trouve le foyer, qui accueillait autrefois un feu véritable, peu à peu abandonné au profit du poêle, qui se répandit dans taïga russe à partir du 19e siècle.

On s’imagine volontiers une sorte de cabane modeste mais les yourtes furent parfois somptueuses, notamment celles qui appartenaient aux grands khans, les chefs de l’empire mongol. Ces yourtes, appelées orda ger, pouvaient en effet ressembler à des palais : belles dimensions, peaux de bêtes rares, ornements et dorures, bref, le grand luxe pour notamment recevoir, et au passage épater, les ambassadeurs étrangers. Une réplique de ces yourtes royales aurait été construite près d’Oulan Bator, sur les bords de la rivière Selbe.

La chose importante à retenir concernant les yourtes mongoles, c’est qu’il s’agit avant tout d’habitations mobiles : les peuples ne sont pas sédentaires mais nomades et transportent donc avec eux leur maison comme on transporte aujourd’hui notre tente. Il existe donc des sortes de charrettes à yourtes, appelées gerlugs, dont on aurait retrouvé des peintures rupestres remontant à l’âge de bronze.

Dès la fin du 13e siècle, avant les fameuses explorations de Marco Polo, un voyageur français, nommé Guillaume de Rubrouck évoque d’ailleurs, dans son livre Voyages dans les pays de l’est, cette procession nomade. Voici un extrait de son témoignage qui nous décrit les yourtes telles qu’elles pouvaient être au Moyen Âge mongol :

« Ils mettent leurs maisons sur les roues, et des baguettes tissées servent de murs à la maison. Les murs sont joins sur le sommet formant ainsi l’encolure de la maison (…). Ils mettent parfois sur l’ouverture du toit un feutre noir décoré avec de beaux dessins sur différents thèmes. À l’entrée de la maison, ils accrochent un feutre recouvert de tissus bariolés, et la vigne, les arbres, les oiseaux, et les animaux sont reproduits en feutre coloré ».

Guillaume de Rubrouck rapporte ailleurs que certaines yourtes étaient si grandes qu’il fallait recourir à la force de plus d’une vingtaine de taureaux pour les transporter ! Cette image surprenante d’un véritable troupeau tirant une yourte est d’ailleurs toujours visible sur les billets de banque mongols :